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lundi 23 mars 2015

La liberté a un prix...


Posée entre une mère adoptive terrorisée par ce qui pourrait arriver à Camille, son "cher petit" et un mari que l'on a choisi pour elle, dont la seule ambition est d'être employé de bureau aux chemins de fer d'Orléans, Thérèse ne vit pas sa vie. Elle se contente de la regarder couler comme le flot d'anonymes qui empruntent le passage où se cache la mercerie qu'elle tient avec Madame Raquin.

Ses journées sont à l'image de ce qu'ont été les premières années de sa vie. Mornes, désœuvrées, sans joie. 
 
Thérèse est une enfant recueillie par une femme douce et généreuse, qui n'a d'autre préoccupation que le bien-être de son fils, Camille. Ce dernier est souffrant depuis son premier cri. D'enfant fiévreux et malingre, il devient adulte blafard et valétudinaire. Quoi de mieux pour s'occuper de son présent qu'une mère attentionnée et de son futur qu'une épouse toute trouvée... Thérèse.

Mais voilà, lorsque Camille rêve d'occuper un bureau dans l'administration, Thérèse rêve de campagne et de liberté.

Aux chemins de fer, Camille ne va pas seulement y trouver un emploi, mais aussi un ami, Laurent.

Fils de paysan, renié par son père, Laurent ne veut qu'une chose dans la vie. Ne rien faire et profiter des moments que lui offre sa paresse.

Lorsque qu'il passe la porte de la mercerie, sur l'invitation de Camille, Laurent arrive dans la vie de Thérèse comme une locomotive.

Très vite ces deux êtres deviennent amants et rêvent de liberté.
Très vite s'impose à eux, comme rempart aux velléités de bonheur fantasmé, le mari.
Très vite la solution à leur problème prend vie... Le tuer.

Dans ce roman, Emile Zola nous fait, une fois de plus, partager le quotidien de ceux qui ont composé la société du 19ème siècle. Dès les premières lignes, nous partons à la découverte de ce qu'était la vie lorsque les véhicules hippomobiles sillonnaient les rues de Paris. Rapidement l'on s'installe aux côtés de Thérèse, percevons la lourdeur de sa vie et comprenons ses désirs de liberté.

A travers ce texte, Emile Zola nous permet de vivre avec ces héros, non seulement la naissance d'une passion mais aussi, celle du remords qui va consumer les protagonistes de l'odieux forfait. 

Zola reste Zola. Il ne lui appartient pas de se glisser dans nos lectures, mais de nous attirer à lui lorsque le moment est venu pour nous de venir à sa rencontre.

Y.R

dimanche 22 mars 2015

Une soirée extraordinaire pour "Une journée particulière"...

Rome, 8 mai 1938.
Mussolini reçoit Hitler.

L'Italie fasciste se prépare pour cette grande journée. Les pères et les enfants portent fièrement la chemise noire et les mères les admirent. Certaines les accompagnent pour assister, elles aussi, à ce moment d'Histoire. D'autres restent au logis et organisent le retour des témoins de cette rencontre retransmise à la TSF, afin que tous les italiens puissent vivre en direct cette journée particulière.

Antonietta est mère de six enfants et épouse d'un mari fasciste tout ce qu'il y a de plus conforme à l’endoctrinement mussolinien. Elle fait partie de celles restées à la maison qui vont suivre à la radio, la rencontre du Führer et du Duce.

Gabriele occupe l'appartement de l'autre côté de la cour au même étage que celui d'Antonietta et de sa famille nombreuse. Lui, vit seul. Récemment renvoyé de la radio nationale où il avait un emploi de présentateur, Gabriele attend la police qui doit venir le chercher afin qu'il soit déporté, car il est homosexuel.

Alors que le peuple italien est uni et boit les paroles de son Guide,  Antonietta et Gabriele font connaissance de manière fortuite. Ces deux êtres que tout sépare vont se découvrir. Confrontant leurs idées sur leur société et sa morale, échangeant sur la notion de liberté que l'un défend et l'autre ne connaît pas, dévoilant leurs faiblesses singulières et reconnaissant leur solitude commune.

Pour nous faire vivre cette rencontre, Corinne Touzet et Jérôme Anger se glissent admirablement dans la peau d'Antonietta et Gabriele. 

La première est extraordinaire de sensibilité et de générosité, tandis que le second nourrit la douceur de son personnage par une force invisible mais tout à fait palpable.

Le duo nous offre un moment de grand théâtre et honore comme il se doit, l’œuvre d'Ettore Scola, auteur italien de grand talent.

Rares sont les pièces et les interprétations qui m'ont autant touchée et je vous le dis mes amis, "Une journée particulière" est une superbe pièce qu'il ne faut rater sous aucun prétexte !

Emmenez vos enfants afin que ces derniers puissent savoir ce que signifie le talent et l'amour du théâtre.

Y.R