Pages

mercredi 23 janvier 2013

Quand le "coming out" apparaît sous la plume de Yourcenar...

Marguerite Yourcenar... Connaissez-vous Marguerite Yourcenar ? Et bien autant être honnête tout de suite, en ce qui me concerne, je ne connaissais de Yourcenar que le nom. Je n'avais jamais lu aucun de ses écrits, jusqu'à aujourd'hui. Vous comprendrez donc que je n'aurai pas ici, dans ce post, l’outrecuidance de prétendre vous raconter sa vie... Mais je vais tout de même vous donner mon sentiment après avoir lu "Alexis ou le Traité du Vain Combat". 

Ce premier roman, publié en 1929, se présente comme une longue lettre (voire très longue lettre...) d'un homme, Alexis, à sa femme, Monique, lui confiant à mots couverts son homosexualité et lui annonçant sa décision de la quitter par souci de vérité et d'honnêteté.

Autant le dire tout de suite, le style littéraire de Yourcenar est un style sans commune mesure avec ceux que l'on peut lire et découvrir de nos jours. Bien que seulement 84 ans nous séparent de la parution de cet ouvrage, nous sommes aujourd'hui sur une rive bien éloignée de celle où se trouvent cette œuvre de Yourcenar.  

Dans "Alexis ou le Traité du Vain Combat" elle nous plonge au cœur d'une époque où les conventions dictaient souvent les vies et où les apparences constituaient les mailles du tissu mondain. C'est dans cette société aux codes secrètement établis que doit vivre le jeune Alexis. Musicien torturé par des inclinations dont la société n'est pas prête à attendre les accents. Il accepte un mariage de convention qui l'unit à Monique, une jeune femme dont il ne pense que du bien mais qui n'a malheureusement qu'un seul "défaut", celui de ne pas être un homme. Car Alexis est homosexuel et ne peut se résoudre à vivre deux vies parallèles par souci d'honnêteté envers cette épouse qui ne lui inspire que douceur et amour fraternel. 

Quand j'ai lu ce roman, j'ai été frappée par une écriture entrelacée, où les pensées de ce jeune homme sont couchées sur le papier à la manière d'arabesques, pour donner naissance à sa confession sans jamais en prononcer les mots essentiels. La confession d'Alexis pourrait être la métaphore d'un accouchement dont les douleurs vont et viennent au rythme de l'évocation des extraits de sa vie. L'emploi de l'imparfait du subjonctif nous ramène à une époque où la galanterie signifiait quelque chose, où les dames ne pouvaient recevoir lorsqu'elles étaient indisposées, où enfants et parents se vouvoyaient. Certains y verront une époque rétrograde, j'avoue que j'ai aimé y voir une époque de politesse. Même si je préfère vivre à l'époque qui est la mienne, puisqu'elle est à moi et que je la connais, j'avoue qu'un petit bond dans le temps à ce quelque chose de dépaysant pas désagréable du tout...

Au fil des pages, on ressent le mal-être de cette âme qui se flagelle de ne pas être attirée par le beau sexe et l'on souffre presque avec elle. C'est un roman qu'il faut lire au coin du feux comme pour recueillir la confession secrète et difficile d'un ami. L'ont dit que tout auteur met un peu de sa propre vie dans ces écrits. Marguerite Yourcenar a sans nul doute pris pour sujet de premier roman, un pan de sa propre vie pour en traiter si précisément et justement l'essence. Après ça, on comprend mieux pourquoi Marguerite Yourcenar a été la première femme invitée à faire partie de l'Académie Française. Une institution prestigieuse pour une plume de prestige...

Merci à Marguerite Yourcenar pour ce beau moment de lecture et merci à cette âme, si chère à mon cœur, pour m'avoir permis de le découvrir...